à l'époque du fils,
Voici le souvenir, d’un homme, qui fleure bon
la douceur, nacrée, d’une effluve d’enfance .
Je clos le quotidien pour, dans une fragrance,
parvenir à Campagnan, lors de nos doux réveillons .
Sur un air de musette, une tendre mélodie
s’infiltre, mélancolique, dans ma mémoire .
Une table dressée, paysanne, se laisse choir .
Des restes en abondance . Autour, la fratrie
repus et silencieux avec panse bouffie .
Quelques treize desserts, à la pelle, disposés :
des coquilles de noix broyées; des dates séchées;
sur la nappe, des brisures de « Tourons » d’Hispanie;
dans les verres à pieds, des fonds de chaud Crémant;
Des papiers froissés de blanche nougatine
d’en Drôme; des épluchures de mandarine
donnant, sur les doigts, un goût d’orangé crépitant .
Seul, la bûche demeure au centre de l’éscoubille
entier et mollissant . Un sapin en plastique
glisse, les pieds dedans, en lenteur lactique .
Dans l’âtre, le diable a mis ses espadrilles .
Une chaleur à crever dans la salle à manger .
Dans les intestins, la brûlure du trop plein .
Papa et oncle Paco divague de tout et rien .
Le grand père opine du chef sans rien piger .
Dans l’évier, grand-mère astique la vaisselle .
Tata débarrasse la modeste argenterie .
Maman caresse les cheveux de ma sœur assoupie .
J’ai neuf ans, je crois . Et j’attend le père noël .
La place du jeu de ballon broie du noir .
J’admire ce lieu vide, a travers la vitre .
Sur la cimes des foyers, l’église gravite
sur des tablés familiales pleine d’histoires .
Les ampoules jaunes de l’éclairage publique
masquent la nuit étoilée d’où il viendra .
Mère porte sa fille, à l’étage, dans ses bras .
J’espère,avant le pyjama, un détail épique,
dans l’obscure clarté, aux multiples pépites .
Mais rien . Je baisse les yeux sur mes godillots
en emboîtant le pas, vers les chambres d’en haut .
Mon bras, que la main de mon père sollicite,
vibre d’une paternelle mise en alerte .
Il se lève, enfile son anorak, prend ses clefs,
passe la porte et sort, dans la fraîche nuitée .
Il ouvre le coffre de notre cent quatre verte .
Je comprend, alors, devenir le dépositaire
d’un secret d’adulte , la fin d’une chimère ;
car, pendant que Paco vient épauler mon Père,
Il dépose, sur le toit, de belles affaires :
des dizaines de cadeaux emmaillotés de nœuds,
aux chaudes couleurs festive de l’offrande d’aimer .
Et, lorsqu’il ferme la malle, son regard immaculé
Transperce, marron pur, mon regard d’enfant niaiseux .
Sans barbe, qu’il est splendide, ce papa noël .
Et, même, le rouge est une couleur qui grossit .
Qu’il est doux ce temps, ou la fierté vire folie .
Lorsqu’ vous admirez votre père devenir éternel .
2009

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