Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 14:45
- Publié dans : Le comptoir à rîmes

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      Tableau de Pedro Uharte

 

 

 

 

 

Mon p’tit bal à moi, perdu dans ma mémoire,

Respire l’odeur de Barba papa et de bière.

Car, immense était la place du comptoir,

Ne laissant au manéges que peu de terre.

 

Des canards se tamponnent aux grés des vagues.

Un cheval poursuit un camion de pompier.

Un ballon, pour un tour gratuit, zigzague.

Les pommes d’amour dégoulinent sur les pieds.

 

Ma bande à moi, mioches à la morve au nez,

Glisse des pièces dans la fente du colosse.

Le Punching-ball se dresse avec vélocité

Et on tape dedans de toutes nos forces.

L’aiguille lève la tête mais, sans louanges,

Indique notre puissance de Chérubins.

A chaque essai, on se ruine les phalanges.

Mais on fait semblant de rien. Trop de copains.

 

Les anciens de vingt ans sont à la chopine.

Accouder au bar en bois, ça se cause.

Leurs repas du soir sera à base de bibine.

Sous les lampions, y a concours de cirrhose.

 

Sur la piste, trois clopins se trémoussent.

Et, ils ne sont visiblement pas du coin.

Quatre malheureux spots éclairent et toussent

Sur le sol bitumé de la place du patelin.

La boule à façade pourrait faire illusion

Mais, ce soir, elle ne fonctionne pas.

Elle est dans les étoiles, tel un morpion,

Comme pour dire, c’était mieux autrefois.

Et les étrangers, habitant du proche hameau,

Dansent en acceptant que soit laid le bidet

Et, par contraste, que soit beau un lavabo.

Comme c’est la folie en début de soirée,

Ils dansent sur la poitrine d’une latine

Qui crie « Garçon ! Garçon ! »,Déjà, dans une piscine.

Les paroles étaient proches de la doctrine.

Pas philosophiques. Non, plutôt végétative.

 

 C ‘est à ce moment précis qu’il y eut de l’entrain.

« The cure » entonne les premières notes

de leur tube style no life pour après demain,

alors se sont précipiter deux potes

si serré dans leurs pantalons et t-shirt noirs

Qu’on admire leurs muscles d’anorexique !

Ils gesticulent, dans la transe du désespoir,

En mimant batterie et guitares rythmique.

Nous, on continue à cogner le sac de sable,

Quand on a l’idée de génie, pour des gosses.

On scande le nom du dieu de la castagne.

« -Jérôme, Jérôme, viens nous montrer ta force ! »

le caïd du bal se radine, une mousse en main,

scrute les quatre morveux qui osent le nommer,

et rigole :

               «  -c’est un jeu pour les cons, gamins,

Je vais vous montrer ce qui fait vraiment marrer !

Toi, donne une pièce. ! »

                                     « -quoi ? »

                                                     « -Donne, j’te dis ! »

et, parce que Jérôme n’aime pas patienter,

Mon copain lui file l’oseille sans sursis.

« - admirez la bleusaille, admirez et apprenez ! »

il se pointe sur la piste de danse, pépère,

Et se met en face d’un des deux gothiques.

-« Tiens-moi ça ! »

                               Il lui tend sa bière.

Et l’autre la prend, livide et stoïque.

« - ouvre la bouche ! »

                                   Et, bien sur, il l’ouvre.

Le caïd pose la pièce sur la langue,

Et referme les mâchoires à les coudre.

Son poing claque sur le nez du gars qui tangue.

Et il s’écroule. Et en montrant le gars, Jérôme crie :

-« ça c’est drôle ! »

                              Et des vivas, du bar, s’élèvent !

Et hurlent son nom, tel un héros de la patrie.

Et la picole coule à flot. Ce fut la fièvre !

 

De nos jours, le caïd est en fauteuil roulant.

A ce jeu, on trouve toujours plus fort que soit,

Et aucune nouvelle du gars au nez en sang.

Mais pour ce souvenir-là, à chaque fois,

Je dois bien vous l’avouer, cher auditoire,

J’ai honte, désolé, mais je me fends la poire.

 

 

             

 

 

 

 

    2010

 

 

 

Campagnan 

Par benoit gimenez - Communauté : Ruche de beaux mots
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