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Le bistrot des poèmes...
les mardis, au bistrot, l'on vous sert en poésie, du goulot jusqu'en vers.
Une gare,
Copulant avec de l’oxyde de fer ciselé,
Empliront leurs panses veloutées en passagères
Et passagers. Une gare, c’est la voracité.
La pluie, comme un arôme de lingère
De rouille et de pollution poivrée,
Fait comme de multiples cercles
Entre les semelles des hommes à quai.
Des parapluies noirs s’ébrouent de gouttes
Lorsque les propriétaires sont à l’abri.
Des sifflets, cris et annonces sous sa voûte
Hurlent aux oreilles. Une gare, c’est du bruit.
Les gens, dans une impatience d’attente,
Vérifient, à tout moment, leurs billets aller,
Jettent l’œil fébrile sur la grosse tocante,
Empoignent fort leurs bagages saturés.
Les gens perdent des pas à vouloir partir,
Admirent leurs destinations provinciales
Sur le panneau d’affichage. Sans réfléchir.
Sans cesse. Une gare, c’est un cérémonial.
Le temps, suspendu par le départ souverain,
Se faufile au travers de l’esprit de l’âme.
La trotteuse, d’un suintement, est contraint.
D’abord, le voyage est un mélodrame
D’immobilité vague. Puis, c’est la comédie
De l’euphorie à l’appel de l’embarquement.
Le voyageur qui s’était, alors, engourdi
Se précipite. Une gare, c’est le mouvement.
L’action, comme une obligation de vie.
La volonté d’acquérir de beaux souvenirs.
Le désir de créer des pans de nostalgie.
Le voyage, c’est une pulsion d’avenir.
C’est pourquoi, ils s’en vont et reviendront
Dans une valse effrénée à mille temps.
D’autres trains sur d’autres voies s’en iront,
Vers mille lieux. La pluie déchire tant et tant.
Au nez de la loco, le début du voyage
Est un horizon de pleine puissance.
La mécanique se prépare au sillage
De rail d’acier. Un train, c’est l’espérance.
La gare, après le chaos du tumulte,
Pense au temps qui passe. La pluie a cessé.
Sur le quai vide, le vent souffle et sculpte
La trotteuse. Une gare c’est l’éternité.
2010