Mardi 22 mars 2011 2 22 /03 /Mars /2011 15:10
- Publié dans : Le comptoir à rîmes

 

 

parc national du banc d arguin vue aerienne

 

 

Hugues de Chaumareys

 

 

Veuillez pardonnez la longueur de ce texte, mais cette histoire vrai est tellement incroyable qu’il me semblait justifier d’en racontait tous les détails.

 

 

Vicomte Hugues Duroy de Chaumareys, 

  Officier médaillé de la triple buse,

Te souviens-tu du jour ou tu fit échouer,

En baie d’Arguin, ta frégate nommée la méduse ?

 

Baderne gonflée d’orgueil et de vinasse,

Tu as fait jouer tes hautes relations

Pour prendre timonerie et que tu fasses

Un capitaine à l’auguste prétention !

Fieffé coquin, tu avais commandement

D’une division de quatre navires

Pour partance à Dakar, mais ose le dire

Que tu n’avais pris la mer depuis vingt cinq ans !

Gredin, qui ne connaissait plus le nom des voiles

Mais pas ceux des châteaux qu’il sifflait à toutes heures,

Tes deux cents hommes eurent mauvaise étoile

D’avoir un tel alambic comme supérieur !

 

Passons sur le pauvre mousse qui tomba à la mer,

Tu ordonnas de ne pas se détourner du cap

Afin que le consul puisse faire carrière

Au plus vite en Afrique… Oh ! Vil satrape !

Passons sur les six prisonniers décharnés

Qui t’ont supplié, à l’escale de Ténériffe,

De monter à bord car leurs vies étaient comptés

Et que tu as refusé, misérable mornifle !

 

Ce même consul, sa femme et sa jolie fille

Réclamaient de voguer toutes voiles aux vents !

Ainsi, la méduse s’éloigna de la flottille…

Alors qu’il aurait du être au rythme du plus lent.

Tes seconds hurlaient pour changer de direction,

De perdre du temps mais prendre route sure !

Mais, tout en courbettes, tu prenais opinion

De tes passagers plus qu’à tes marins matures !

Les récifs d’Arguin s’approchaient de ta coque

Mais tu avais ordonné de n’être pas dérangé.

Tu ronflais, ivre, rêvant de futures breloques

Quand le bateau, sur un banc de sable, fut ensablé !

 

Ton incompétence à lire carte maritime

Te sera moins reprocher, lors de ton procès,

Que d’échoué en mer d’huile et temps sublime

Ton navire de guerre ! Oh ! Infâme goret !

 

Malgré l’effort des hommes et ce durant trois jours,

A rendre le bateau léger, tu as postilloné,

à leurs demandes de jeter les canons trop lourds

Que se serait crime de lèse-majesté !

Bien sur, une vraie catastrophe vint à venir

Par un orage noir de vent et de pluie.

Et une large brèche, dans la cale du navire,

Fit craquer, par une lame d’eau, la charpenterie.

 

Courageux, dans une chaloupe, tu t’es empressé

De te terrer avec tes amis riches et nobles !

Alors que tu aurais du rester le dernier

A quitter le pont en bon capitaine ! Ignoble !

Ton équipage voulait te trouer la peau,

T’a insulté,  T’a craché à la face !

Puis se sont mis à construire un radeau

Car, dans les canots, il n’y avait plus de place.

 

Mesurant vingt mètres de long et sept de large

Soit cent quarante mètres carrés d’acajou,

L’amas de bois liés était en surcharge

Pour plus de deux cents hommes tous debout.

Au gré du ressac, l’eau arrivait aux genoux

Ou à la ceinture mais jamais ne descend plus.

Mais certain se cassent les jambes dans les trous,

D’autres tuent car tous savent qu’ils sont en sus.

Pas d’eau, ni nourriture mais le pire est à venir

Car tu couperas la corde qui tirait le radeau.

Immonde vicomte, par ce geste à vomir,

Tu allais créer un gigantesque tombeau.

 

De ce geste pour faire disparaître les preuves

De ta suffisance et de tes lâches fourberies,

Tel un serpent voulant faire une peau neuve,

Tu espérais qu’ils crèvent tous dans l’oubli.

 

Oui, ils ont dévoré leurs morts pour survivre !

Oui, ils ont bu leurs urines et ont supplié !

Mais, sous soleil de plomb, dix ont put vivre

Car, après quinze jours en enfer, ils furent sauvés !

 

Alors, tu fis l’objet d’un procès militaire

Au dire des témoignages des rescapés.

Mais, comme on se serre les coudes entre frères,

Tu fus dégradé, certes, mais aussi acquitté.

 

Suivirent trente ans de honte et ta bastille

Fut ton domaine ou tu as vécu cloîtré.

L’opprobre que tu infligea à ta famille

Firent qu’il oublièrent ou tu es enterré.

 

Mais, moi, vengeur, il me semble légitime

De te sortir de l’oublie ou tu étais serein.

Car, sur tes nobles os rongés par la vermine,

Je veux, à jamais, le déshonneur du vaurien.

 

 

 

 

 

 

 

2011

 

Voyage 

 

 

 

 

Par benoit gimenez - Communauté : Les plumes de timilo
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