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Le bistrot des poèmes...
les mardis, au bistrot, l'on vous sert en poésie, du goulot jusqu'en vers.
Lorca
De pauvres squelettes sont endimanchés de leurs peaux
Et les gars, qui les portent, mâchouillent des racines.
La mort, en fête, vole avec les noirs corbeaux
Au soleil soufflant sur une plaine en famine.
Terre purgatoire par ou la vie succombe.
Une terre gercée par le sang des paysans.
Les os des aïeux craquent dans leurs tombes.
Un enfer ou les Cyprès brûlent incandescent.
Andalousie, tu te souviens ? Cette époque
Ou le deuil se frottait les mains de tant d’affaires ?
Porte de Murcia, rappelle-toi des chocs
De charrette pleine de cercueils dans les artères
De Lorca, cité ou les vivants errait en loque..
Ses chiens n’étaient plus que des cerbères.
Assis, Paco Gimenez lit une lettre
De Carvajal, parti loin de ce brasier.
Il parle de la France et de son bien être,
Du travail qu’il y a, si t’es pas un ramier.
Il écrit qu’il a pris du ventre à trop manger,
Qu’il a un potager et même une fontaine,
Que, tant pis, si le Français n’aime pas l’immigré,
Les riches d’ici nous voient comme une aubaine !
Ceux de Lorca, eux, voudraient nous voir crevés.
Trop de bouche à nourrir, trop de gueux crasseux.
Leurs terres stériles ont le ventre déchiqueté…
Viens, Paco, dans mon nouveau pays merveilleux.
Alors, Paco Gimenez regarde sa famille,
Sa femme maigre qui ne pleure même plus,
Ses enfants qui, dans la chair de rats, mordillent,
Et ses propres bras dont les muscles ont fondu.
Il faut partir pour sauver ses gosses.
Partir pour que l’épouse soit grosse.
Partir pour vivre sans extrême onction.
Partir pour les futures générations.
Il faut partir.
S’enfuir.
Partons.