Mardi 4 septembre 2012 2 04 /09 /Sep /2012 05:00
- Publié dans : Les chemins usés


   Trilogie de la Bièvre 1/3

grenouillere



 En l'époque passé d'avant,

ignorée de l'homme de maintenant 

deux rivières jouvencelles,

sinuaient sur des terres jumelles.

L’aîné, un peu flagorneuse,

s’entichait du nom de fleuve.

Son comportement prétentieux

l’amenait à être, aux yeux

de la fratrie des cours d’eau,

un petit despote mégalo.

 

Oh ! Il était une abondante

source de vie bienveillante,

le long de son lit nourricier,

pour le sauvage qui sait qu’il sait !

Certes ! Il était, en son séant,

le seul a admirer l’océan !

Bien sur ! Il était jalousé

d’emplir tant d’espace ouaté !

La Marne s’y rejetait de dépit.

L’Yonne** demeurait déconfit,

d’avoir été, ainsi, détrôné

par cet usurpateur détesté.



Seul, le tout petit dernier

n’éprouvait pas ce singulier

sentiment de malveillance.

Sa toute petite errance

de trente trois kilomètres,

nourrissant ses gueux en guêtres,

sa si petite nonchalance,

sa médiocre provenance

du boueux hameau de Bouvier,

prouvaient son impossibilité

à posséder, sur son passage,

un colombier d’auguste lignage.

Peu importait. Il aimait ses castors,

Ses étangs, ses maigres rebords,

Ses languissantes eaux marrons.



La Bièvre, tel était son nom,

se déroulait comme un ruban,

depuis d’antan, d’avant l‘avant.



Un jour, l’aîné vint à déclamer

que le lit du petit dernier,

le mettrait à son avantage.

« - J’ai besoin de ton sillage,

très cher frère, mais admire

la vallée que tu vas conquérir ! »

Et la Bièvre s’est effacée

pour des marécages encaissés.



Dés lors, tout alla de mal en pis.

Alors, que ce fleuve extraverti

se mettait, béatement, en scène
et devint le dieu de Lutèce ;

que Julien l’Apostat osa

transcendé et versifia

sur notre Borgia malsain ;

que ce grand empereur romain

ne fut pas l’unique baladin

à sublimer cet aigrefin ;

que tant et tant d’artistes frustres

firent, de lui, une muse ;

notre ruisseau anonyme

cheminait, en serpentine,

dans une constance d’évier,

entre merdasse et merdier.


bievre gobelins i-c17fe



Car, ce fut l’époque des tanneurs,

des teinturiers et megisseurs

qui envahirent ses maigres rives,

pour utiliser sa force vive,

pour vidanger leurs déchets,

dans ses eaux, d’étrons grassouillet.

Car, ce fut le purgatoire

des hôpitaux et abattoirs,

aux fragrance de pestilence,

en déflorant son innocence.

Car, ce fut une période,

ou tous les moulins à aubes,

provoquaient moult interruptions,

cause de surexploitations,

en son doux débit si faible,

sur sa pente douce si laide.



Le petit cours d‘eau, philosophe,

minimisait la catastrophe:

« - Vivre à l’ombre d’un illustre

grand frère, moi, si vétuste,

être l’égout de sa populace,
récepteur de tant de chiasse,
je comprend et je ne dis mot.

Il coule d’un pourpre si beau.

Il est chanté en des mélopées

si sublimes, si surannés.

Je comprend et je l’admire.

Je continuerai, donc, à m’enlaidir ! »



Un jour, en ville de Versailles,

un roi soleil voulut son sérail,

avec de splendides fontaines

ayant besoin d’eau sereine.

Les eaux du plateau de Saclay

allaient vers le petit dernier.

Les ingénieurs compétents

captèrent leurs ruissellements.

La Bièvre, souffrant d’anémie

par la machine de Marly,

eut une pensée funeste :

« - A Buc, ce village rupestre,

sales herbages et parasite

prolifèrent en mon doux site.

En vallée du Moulin Renard,

des crevasses me rendent hagard,

des fondrières m’écharpent,

l’insalubrité m’encrasse.

Maintenant, me voila orphelin,

car on me vole tous mes drains.

Je deviens l'abominable

d‘une puanteur véritable. »



Malgré cela, il continua

à cheminer, cahin-cacha,

ne nourrissant plus que les rats,

peste, vérole et choléra.

 

L’aîné, d’un regard dédaigneux,

eut ses propos fallacieux :

« - Mon vil frère est dépravé,

qu’il se soit, ainsi, décharné,

me répugne. Je suis divin !

Mon royaume est tissé d’or fin !

Je suis céleste ! Immortel !

Mon règne est si spirituel !

Et ma splendeur est souillée,

par cet immonde pestiféré..

de par son exutoire…

qui n’est plus qu’un pissoir !

Hommes, cher compatriotes,

jetez, sur lui, l’opprobre!

Que son rejet ne soit plus

en mon sein, une déconvenue…»



Et les hommes l’enterrèrent

dans un égout. Ils bouchèrent

son évacuation en l’aîné.

La bièvre fut aliéné,

dans la vallée parisienne.

Une rumeur lointaine

qui pleurait son innocence,

qui maudissait sa déchéance,

s’entendait sous les caniveaux:

La bièvre était un tombeau.

 

Comprenez vous, très chers lecteurs,

Maintenant, sa rageuse aigreur ?

Et sa colère profonde,

lors de ses crues qui nous inondent ?

De la nécessité de stations

retenant ses inondations ?

Oh dieu,qu’ il fulmine autant

de dégoût.. d’en être un, pourtant !

Il a crut son frère mécène,

de part ses mots si mièvres .
 
Ce bonimenteur bléme

qui porte le nom de Seine !

 

                                                                                   2010

2692848211 9e388983d2







Par benoit gimenez - Communauté : Ruche de beaux mots
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Retour à l'accueil

L'actu du taulier

 

   

RueMontmartre-1

leonlalune bob extruejpeg

110025_paris_le_bistrot_du_peintre.jpg

bistrot-a-vin

bistrot-faubourg

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés