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Le bistrot des poèmes...
les mardis, au bistrot, l'on vous sert en poésie, du goulot jusqu'en vers.
Trilogie de la Bièvre 1/3
En l'époque passé
d'avant,
ignorée de l'homme de maintenant
deux rivières jouvencelles,
sinuaient sur des terres jumelles.
L’aîné, un peu flagorneuse,
s’entichait du nom de fleuve.
Son comportement prétentieux
l’amenait à être, aux yeux
de la fratrie des cours d’eau,
un petit despote
mégalo.
Oh ! Il était une abondante
source de vie bienveillante,
le long de son lit nourricier,
pour le sauvage qui sait qu’il sait !
Certes ! Il était, en son séant,
le seul a admirer l’océan !
Bien sur ! Il était jalousé
d’emplir tant d’espace ouaté !
La Marne s’y rejetait de dépit.
L’Yonne** demeurait déconfit,
d’avoir été, ainsi, détrôné
par cet usurpateur détesté.
Seul, le tout petit dernier
n’éprouvait pas ce singulier
sentiment de malveillance.
Sa toute petite errance
de trente trois kilomètres,
nourrissant ses gueux en guêtres,
sa si petite nonchalance,
sa médiocre provenance
du boueux hameau de Bouvier,
prouvaient son impossibilité
à posséder, sur son passage,
un colombier d’auguste lignage.
Peu importait. Il aimait ses castors,
Ses étangs, ses maigres rebords,
Ses languissantes eaux marrons.
La Bièvre, tel était son nom,
se déroulait comme un ruban,
depuis d’antan, d’avant l‘avant.
Un jour, l’aîné vint à déclamer
que le lit du petit dernier,
le mettrait à son avantage.
« - J’ai besoin de ton sillage,
très cher frère, mais admire
la vallée que tu vas conquérir ! »
Et la Bièvre s’est effacée
pour des marécages encaissés.
Dés lors, tout alla de mal en pis.
Alors, que ce fleuve extraverti
se mettait, béatement, en scène
et devint le dieu de Lutèce ;
que Julien l’Apostat osa
transcendé et versifia
sur notre Borgia malsain ;
que ce grand empereur romain
ne fut pas l’unique baladin
à sublimer cet aigrefin ;
que tant et tant d’artistes frustres
firent, de lui, une muse ;
notre ruisseau anonyme
cheminait, en serpentine,
dans une constance d’évier,
entre merdasse et merdier.

Car, ce fut l’époque des tanneurs,
des teinturiers et megisseurs
qui envahirent ses maigres rives,
pour utiliser sa force vive,
pour vidanger leurs déchets,
dans ses eaux, d’étrons grassouillet.
Car, ce fut le purgatoire
des hôpitaux et abattoirs,
aux fragrance de pestilence,
en déflorant son innocence.
Car, ce fut une période,
ou tous les moulins à aubes,
provoquaient moult interruptions,
cause de surexploitations,
en son doux débit si faible,
sur sa pente douce si laide.
Le petit cours d‘eau, philosophe,
minimisait la catastrophe:
« - Vivre à l’ombre d’un illustre
grand frère, moi, si vétuste,
être l’égout de sa populace,
récepteur de tant de chiasse,
je comprend et je ne dis mot.
Il coule d’un pourpre si beau.
Il est chanté en des mélopées
si sublimes, si surannés.
Je comprend et je l’admire.
Je continuerai, donc, à m’enlaidir ! »
Un jour, en ville de Versailles,
un roi soleil voulut son sérail,
avec de splendides fontaines
ayant besoin d’eau sereine.
Les eaux du plateau de Saclay
allaient vers le petit dernier.
Les ingénieurs compétents
captèrent leurs ruissellements.
La Bièvre, souffrant d’anémie
par la machine de Marly,
eut une pensée funeste :
« - A Buc, ce village rupestre,
sales herbages et parasite
prolifèrent en mon doux site.
En vallée du Moulin Renard,
des crevasses me rendent hagard,
des fondrières m’écharpent,
l’insalubrité m’encrasse.
Maintenant, me voila orphelin,
car on me vole tous mes drains.
Je deviens l'abominable
d‘une puanteur véritable. »
Malgré cela, il continua
à cheminer, cahin-cacha,
ne nourrissant plus que les rats,
peste, vérole et choléra.
L’aîné, d’un regard dédaigneux,
eut ses propos fallacieux :
« - Mon vil frère est dépravé,
qu’il se soit, ainsi, décharné,
me répugne. Je suis divin !
Mon royaume est tissé d’or fin !
Je suis céleste ! Immortel !
Mon règne est si spirituel !
Et ma splendeur est souillée,
par cet immonde pestiféré..
de par son exutoire…
qui n’est plus qu’un pissoir !
Hommes, cher compatriotes,
jetez, sur lui, l’opprobre!
Que son rejet ne soit plus
en mon sein, une déconvenue…»
Et les hommes l’enterrèrent
dans un égout. Ils bouchèrent
son évacuation en l’aîné.
La bièvre fut aliéné,
dans la vallée parisienne.
Une rumeur lointaine
qui pleurait son innocence,
qui maudissait sa déchéance,
s’entendait sous les caniveaux:
La bièvre était un tombeau.
Comprenez vous, très chers lecteurs,
Maintenant, sa rageuse aigreur ?
Et sa colère profonde,
lors de ses crues qui nous inondent ?
De la nécessité de stations
retenant ses inondations ?
Oh dieu,qu’ il fulmine autant
de dégoût.. d’en être un, pourtant !
Il a crut son frère mécène,
de part ses mots si mièvres .
Ce bonimenteur bléme
qui porte le nom de Seine !
2010

Récit aquatique déroutant... lol
Combien de rus ont subi cette injustice ?
En ces temps anciens, on ne se préoccupait guère d'écologie, et chacun rejetait sans complexe toute sa merde dans ces rus enchanteurs...
Certes, je ne connais pas la Bièvre, mais dans chaque région de France, et plus particulièrement dans les plus industrialisées, nombre de ruisseaux ont cessé de vivre...
Alors, de temps en temps, ils se vengent, et crachent leurs colères, en envahissant les villes et campagnes... un juste rappel de leurs existences !
Bonne journée. Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Bonjour Jeune Homme,
voilà une riche idée que de nous former à la vie de nos cours d'eau et de remettre les pendules à l'heure ceci en vers en plus.
J'aime le thème et je t'avoue que j'apprends plein de choses. Je décrouvrirai la suite avec plaisir puisque tu parles de La Seine comme d'une usurpatrice.
Par delà ce, et pour la bonne compréhension, ton texte étant long et s'adressant là au profane que je suis et en ajoutant à cela que je suis un visuel : une petit dessin, et oui, m'aurait bien aidé.
eN fait, combien de fleuves ou affluents, de petits et de grands, aux noms différents... Tu vas te dire que je t'ennuie mais tu sais, je tombe un peu des nues.
Cette évocation que je trouve fort interessante m'apporte une connaissance toute nouvelle.
J'ai vécu le conflit entre la marne et l'yonne à Montereau il y a (euh chut !!!!) 40 ans.
Les différentes affluences dont tu parles se situent ou ?
Et les noms que tu donnes ont existé puis disparu ?
Encore, une fois, et puisque deux épisodes sont à venir, je lirais avec attention et intérêt.
Merci jeune homme et douce soirée.
ps: Sache que tu ne me déranges jamais.
ben
Je t'invite à venir boire un verre au bistrot de mes vers... lol
Liedich et Tab sont invités... tu t'associes à mon délire ? lol
Ben oui, c'est toi l'taulier du bistrot l'Ami...
Bonne semaine. Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
ps: Prochainement il y aura une lecture de ces poèmes pour une thématique associative. Et si vous désirez que je les lises pour vous, n'hésitez pas à me contacter. Les deux autres poèmes seront fini d'ici deux mois.
Trés heureux de votre passage
le tôlier