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Le bistrot des poèmes...
les mardis, au bistrot, l'on vous sert en poésie, du goulot jusqu'en vers.
La Méduse
Des vagues grosses comme des cathédrales
Ou une frégate, dans un trou, chancelle.
Le mât, bras en croix, comme une chapelle
A sa nef auréolée d’un feu de Bengale.
Le rafiot, avarié par l’échouage,
Sur la baie d’Arguin, pisse, pharaonique.
Les orgues de l’océan hurlent ses cantiques,
Dans les plaies béantes sous le bastingage.
Les riches passagers ont débarqué en canots
Et chaloupes. Marins et soldats en ont chié
Pour construire, avec du bois débaptisé,
Et, pour pouvoir sauver leurs peaux.. Un radeau.
Les marins récitent des psaumes
En hurlant ! Car dieu est partout.
L’homme renifle sur ses paumes
En gémissant ! Car dieu s’en fout.
L’eau plate comme un parvis de lumière
Ou un amas de bois glisse sur un vitrail.
Les cordes, moisies, comme un caravansérail,
Lie l’humanité à un aquatique désert.
L’eau, douce et bénite, il n’y en a plus.
La prière, avant le repas, plus besoin.
Un silence de cloître comme seul témoin.
Le fort fera pitance sur le faible vaincu.
Les marins prient la miséricorde
En se mangeant ! Dieu est amour.
Les hommes ont faim et s’absorbent
En pleurant ! dieu est à mort.
Ils seront sauvés douze jours après ; mais avant…
La canicule les a pourris d’idées malsaines
Suicide, meurtre, massacre, géhenne.
De cent quarante neuf hommes, quinze survivants.
2010