Partager l'article ! La chanson du petit serge, l'autre version: Dessin de Nono la mine link D ...
Le bistrot des poèmes...
les mardis, au bistrot, l'on vous sert en poésie, du goulot jusqu'en vers.
Dessin de Nono la mine link
Du premier texte ( la chanson du petit serge ), un ami voulait en faire une chanson....Mais les vers n'allaient pas. Alors, j'ai retravaillé le texte. Tant et tant qu'il n'a plus rien à voir avec le texte intial dans sa forme, pas dans son fond....Le voici:
La chanson du petit serge
Ce soir, je bois.
J’admire, entre les croisés de ma fenêtre,
Un troupeau de toitures. La cathédrale,
telle une bergère, leurs donne à paître
D’un peu de nuit et de petites étoiles.
Mon fauteuil est comme le ventre de ma mère
Dans lequel je m’enfouis. Le cuir m’enveloppe.
Dans l’espoir de renaître, je lève mon verre
Et brûle le filtre d’une énième clope.
Ce soir, je bois pour rouvrir les blessures,
Pour que Tristesse devienne mélancolie.
Comme lorsque l’on presse un fruit trop mûr
Et voir dégouliner tout son eau de vie.
Je bois
Aux destins et ses vacheries,
Aux lanternes prises pour vessies ,
Aux actes manqués ou en sursis.
Je bois
Aux femmes que je n’ai pas su aimer,
A celles qui, après, m’ont ri au nez,
A toi qui, un jour, m’as trouvé.
Ce soir, je bois
Ton index creuse sur le long de mes épaules,
Un sillon d’où germera le besoin d’aimer.
Tu poses tes lèvres sur ma bouche molle.
Mais pas ce soir, car tu sais, oui, tu sais…
Eteint la lampe, s’il te plait, ma jolie môme
Fait glisser ton corps nu loin de mon présent.
Ne gène pas la venue de mes fantômes.
Va te coucher. Un beau rêve bleu t’attend.
C’est si bon d’être seul avec soi-même.
Ce soir, je m’en vais. Tu en as l’habitude.
Je sais, j’avais promis et je bois quand même.
Dors, je t’aime. N’aie pas trop d’inquiétude.
Je bois.
Au temps assassin qui délite
Une jeunesse trop bénite
Que les minutes décapitent.
Je bois
A cet enfant immortel
Qui a grandit, c’est naturel,
Dans tous les péchés véniels.
Je pénètre dans les entrailles de mon âme.
Debout les morts ! Venez me hanter, je suis prêt !
Nos peines et nos rires sont dans mon programme.
Ce moment est le nôtre. Venez dans mon troquet.
Debout le monde ! Puisque le bon dieu est mort
Ayons la foi pour tout reconstruire.
Nous sauverons les femmes et les enfants d’abord
Et, j’oublierai, peut être, ma peur de vivre.
Je bois,
Aux amis, cela va de soi,
Qui, si loin, ne viennent pas
Chanter « les bourgeois » avec moi.
Je bois,
A cette femme qui ne dormira
Que son homme entre ses bras
Mais qui ce soir, ne la rejoindra pas.
2011