Partager l'article ! la chanson du petit serge: photo ...
Le bistrot des poèmes...
les mardis, au bistrot, l'on vous sert en poésie, du goulot jusqu'en vers.
photo de Sarah, pour voir son site: www.uneparisiennesemerveille.com
Ce soir, je bois.
J’admire, entre les croisés de ma fenêtre,
Les toits de Paname qui sont entassés
Dans l’enclos du Périph’. L’illustre dame d’acier,
Telle une bergère, leur donne à paître
D’un peu de ciel et de petites étoiles.
Dans mon fauteuil en Skye, je m’enfouis.
Un reste de mégot entre mes doigts jaunis.
Mon dernier rond de fumée est un voile
Qui se volatilise à l’ombre des murs.
Je l’écrase dans le cendrier, à mes pieds,
Et prend le picrate qui brûlera mon gosier.
Ce soir, je bois pour rouvrir les blessures,
Comme lorsqu’on presse un fuit trop mur,
Pour voir dégouliner d’entre les doigts
Le jus de vie qui perd sa route, et, d’effroi,
S’écrase sur le sol glacé plein de sciure.
Je bois
Aux destins et ses jongleries,
Aux actes manqués par âneries,
Aux lanternes prises pour des vessies.
Je bois
Aux femmes que je n’ai pas aimées,
A celle qui m’ont ri au nez,
A tes doux baisers sucrés,
A tes doux baisers sucrés.
Ce soir, je bois
Ton index creuse, le long de mes épaules,
Un sillon d’où germera l’amour infini.
Tes longs cheveux font frissonner mon autonomie.
Tu poses tes lèvres sur ma bouche molle.
S’il te plait, ma propriétaire, éteint la lampe
Et fait glisser ta nudité, à l’odeur cannelle,
Vers notre chambre ou t’attend ton chaud sommeil.
Ne regardent pas les fantômes qui me hantent.
Ce soir, je bois. Va. Laisse-moi seul.
C’est si bon d’être un moment avec soi-même.
Oui, j’ai promis mais je bois quand même.
Dors. Je t’aime. Laisse, que je me recueille.
Je bois
A mes souvenirs d’enfant oubliés,
A mes parents par le temps, ridés,
A ma trombine déjà marquée.
Je bois
A ces amitiés artificielles,
Aux pseudo dieux dans les missels,
Aux bla-blas ministériels,
A notre amour éternel,
A notre amour éternel.
Ce soir, je bois.
Je m’engourdis à m’arsouiller la tronche,
Et je pénètre à l’intérieur de mon âme.
Des vagues d’émotions ouvrent mon sésame.
Mon imaginaire, à l’abandon, jonche
Le sol de ma paresse d’homme oisif.
Il y a des choses qu’on écrit qu’à la nuit.
A cette heure-là, tous les stylos sont pris.
Alors, le besoin d’écrire est compulsif.
J’écris
Aux destins et ses jongleries,
Aux dieux, aux mythologies,
Aux bonheurs ,aux plaisirs de vie.
J’écris
Aux paysages de bon aloi,
Aux amis, cela va de soi,
Aux souvenirs d’autrefois,
Au bonheur d’être à toi,
Au bonheur d’être à toi.
2010
D’après une chanson de Serge Reggiani « la chanson de Paul »