Mardi 24 novembre 2009
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Publié dans : le coude sur le zinc
Faut croire que c'est un cérémonial,
le p'tit noir du matin, avant l'embauche,
vu que s'y pointe la masse salariale,
le regard brumeux et la démarche gauche .
ça remplit, peu à peu, le comptoir du rade .
ça salue en souriant et ça serre des mains .
Simple regard... le tôlier comprend la commande .
Puis, ça touille le sucre et ça dit plus rien .
Entre collègues, on appelle le bistrot "Chez Bru" .
C'était le nom de l'ancien propriétaire .
Son blaze, à l'actuel, on a jamais su .
Peu importe, sa caféine est exemplaire .
Il déambule, le patron, derrière son zinc,
la rigolade aux commisures, rasé de prés,
bien peigné, propre, parfumé, chemise en lin,
à jamais savoir ce qu'est un réveil mauvais .
Quand on y rentre, il y a la percolateuse
qui a ses vapeurs, dans des supplices stridents .
Dans la pendule "Pernod", au mur, la trotteuse
galope vers le turbin . C'est notre tiercé gagnant .
On y jette un oeil, pur, sans trop de mauvais sang .
Des bouteilles, têtes à l'envers, attendent l'heure
de l'apéro . A midi, des visages rouge-sangs,
s'arsouilleront à l'anis et aux jambon-beurres .
Les nouvelles fraîches patientent, pépère,
dans la feuille de choux locale...plié en deux,
sur la une...à coté des pompes à bières .
Quel connerie a, encore, sorti ce merdeux
de président ? Quel chien écrasé va faire
pleuré dans les chaumières ? On s'en cague .
Seul une page est lue : le temps qu'il va faire .
Le reste du scribouillage n'est qu'une blague .
A l'angle, la vente des suçettes à cancer
bariole un stand en couleurs grivoise .
Si c'est pas en tabac, que t'es vache laitière,
(...D'ailleurs, penser à acheter mes gauloises..)
c'est en jeux à gratter, que l'état te rapine .
Le Loto, c'est l'espoir de ne plus boire
ton café, au petit matin ...Une morphine
à porter de main....un fantasme illusoire .
J'ai choisi mon racket nationalisé .
Entre yachts à St Tropez et jolies poupées,
j'ai pris la chambre d'hôpital et les poumons goudronnés .
Car, tu gagnes à tous les coups à jouer l'Humphrey .
Les murs sont jaunes . Les deux néons, blanchâtres,
éclairent, blafard, les tables en faux-marbres .
Une radio grésille un fond sonore âpre :
le dernier tube du dernier bellâtre .
Au delà de la vitrine, les candélabres
de la ville illuminent les volets fermés,
les trottoirs vides, auréolés de glabre .
Il est six heures, et le Dutronc est couché .
Toutes mes pensées n'ont pas duré une plombe .
Dans ma cervelle en vrac, ça vagabonde .
En fait, ça a duré une simple seconde .
Faut remettre en place toutes mes neurones .
Le Kawa se trouve être le remède parfait .
En face, l'immense miroir réfléchit
ma trombine blême d'honnête ouvrier .
Il est grand temps d'ingurgiter de l'énergie .
Pendant que le patron nettoie ses tasses,
que les causeries des collègues sont des murmures,
je me brûle la gorge, les doigts sur la anse .
Je reviens à la vie, façon Cyanure .
C'est comme l'ouverture d'un verrou temporel .
L'onctuosité de l'existence m'imprègne
d'une douce patine d'intense réel .
C'est en eau limpide et claire que je me baigne .
Une clarté légère m'amène sur terre .
J'en prend un second, pour finir sur deux pattes .
Prenne en forme physique, mes confrères,
mes camarades de chagrin, un peu spartiates .
Il y a mon Gégé qui râle encore .
Vu qu'aujourd'hui, y a rien qu'à augmenter,
il relance un coup de gueule tricolore
que c'est un socialiste qu'a mis la CSG .
Rabah raconte sa dernière aventure .
Il a voulu changer sa carte d'identité .
A attendu six heures à la préfecture,
pour s'attendre dire qu'il était pas Français,
lui qui est né dans le froid pays Ardennais .
Lui qui est grave gentil, mais un peu cinglé,
Il est la mascotte, chez nous, les égoutiers .
Il y a notre chef, dans son coin, Jean-phi .
Avec ce gars-là, c'est du lard ou du cochon .
on le croit très sérieux, quand il charrie,
vu qu'il est pince sans rire, le garçon .
Le hic... quand c'est une soufflante concréte,
on a l'impression, encore, qu'il joue l'ironie .
Jean-luc boit tranquille sa noisette .
" Le daron", c'est son surnom . Il a quatre petits .
Et, il est déjà papi, dingue de sa crevette .
A quarante piges, il repeuple le pays .
Un autre chef, Laurent dont la main se dirige,
vers la poche de son futal, paye sa tournée .
Sa gaité, dés le matin, il nous l'inflige,
sa précieuse aussi, jusqu'à la fin de la journée .
Arnaud, se pointe pareil . le petit dernier,
on le surnomme "doudou", vu que du lait, de son nez
coule ...Pas loquace, bosseur et fan du PSG,
On se paye sa tête, vu leurs scores limités .
Jérome, aussi, est là . Le jeune vieux .
Fan de Mike Brandt, à vingt ans, c'est peu dire ..
Et Yoyo, des histoires de trains, c'est un dieu .
Et tous les drogués du café, tous les autres sbires .
Et, ça papote dans une tranquillité
languissante avec le levé du soleil .
Routine amicale . Absolu nécessité .
Avant de prendre l'outil, tel des abeilles .
C'est dix minutes-là, personne ne me les prendra .
Alors que la tocante "Pernod" nous fait des signes,
on salue le patron, dealer d'Arabica .
On met la clope au bec . Suite logique .
On file, dans la ruelle encore sombre,
en se remontant, haut, les cols de nos manteaux .
Le froid fait de la buée sur nos tronches,
et on se cause, encore, en marchant vers le boulot .
2009
Par benoit gimenez
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