Hugues de Chaumareys
Veuillez pardonnez la longueur de ce texte, mais cette histoire vrai est tellement
incroyable qu’il me semblait justifier d’en racontait tous les détails.
Vicomte Hugues Duroy de Chaumareys,
Officier médaillé de la triple buse,
Te souviens-tu du jour ou tu fit échouer,
En baie d’Arguin, ta frégate nommée la méduse ?
Baderne gonflée d’orgueil et de vinasse,
Tu as fait jouer tes hautes relations
Pour prendre timonerie et que tu fasses
Un capitaine à l’auguste prétention !
Fieffé coquin, tu avais commandement
D’une division de quatre navires
Pour partance à Dakar, mais ose le dire
Que tu n’avais pris la mer depuis vingt cinq ans !
Gredin, qui ne connaissait plus le nom des voiles
Mais pas ceux des châteaux qu’il sifflait à toutes heures,
Tes deux cents hommes eurent mauvaise étoile
D’avoir un tel alambic comme supérieur !
Passons sur le pauvre mousse qui tomba à la mer,
Tu ordonnas de ne pas se détourner du cap
Afin que le consul puisse faire carrière
Au plus vite en Afrique… Oh ! Vil satrape !
Passons sur les six prisonniers décharnés
Qui t’ont supplié, à l’escale de Ténériffe,
De monter à bord car leurs vies étaient comptés
Et que tu as refusé, misérable mornifle !
Ce même consul, sa femme et sa jolie fille
Réclamaient de voguer toutes voiles aux vents !
Ainsi, la méduse s’éloigna de la flottille…
Alors qu’il aurait du être au rythme du plus lent.
Tes seconds hurlaient pour changer de direction,
De perdre du temps mais prendre route sure !
Mais, tout en courbettes, tu prenais opinion
De tes passagers plus qu’à tes marins matures !
Les récifs d’Arguin s’approchaient de ta coque
Mais tu avais ordonné de n’être pas dérangé.
Tu ronflais, ivre, rêvant de futures breloques
Quand le bateau, sur un banc de sable, fut ensablé !
Ton incompétence à lire carte maritime
Te sera moins reprocher, lors de ton procès,
Que d’échoué en mer d’huile et temps sublime
Ton navire de guerre ! Oh ! Infâme goret !
Malgré l’effort des hommes et ce durant trois jours,
A rendre le bateau léger, tu as postilloné,
à leurs demandes de jeter les canons trop lourds
Que se serait crime de lèse-majesté !
Bien sur, une vraie catastrophe vint à venir
Par un orage noir de vent et de pluie.
Et une large brèche, dans la cale du navire,
Fit craquer, par une lame d’eau, la charpenterie.
Courageux, dans une chaloupe, tu t’es empressé
De te terrer avec tes amis riches et nobles !
Alors que tu aurais du rester le dernier
A quitter le pont en bon capitaine ! Ignoble !
Ton équipage voulait te trouer la peau,
T’a insulté, T’a craché à la face !
Puis se sont mis à construire un radeau
Car, dans les canots, il n’y avait plus de place.
Mesurant vingt mètres de long et sept de large
Soit cent quarante mètres carrés d’acajou,
L’amas de bois liés était en surcharge
Pour plus de deux cents hommes tous debout.
Au gré du ressac, l’eau arrivait aux genoux
Ou à la ceinture mais jamais ne descend plus.
Mais certain se cassent les jambes dans les trous,
D’autres tuent car tous savent qu’ils sont en sus.
Pas d’eau, ni nourriture mais le pire est à venir
Car tu couperas la corde qui tirait le radeau.
Immonde vicomte, par ce geste à vomir,
Tu allais créer un gigantesque tombeau.
De ce geste pour faire disparaître les preuves
De ta suffisance et de tes lâches fourberies,
Tel un serpent voulant faire une peau neuve,
Tu espérais qu’ils crèvent tous dans l’oubli.
Oui, ils ont dévoré leurs morts pour survivre !
Oui, ils ont bu leurs urines et ont supplié !
Mais, sous soleil de plomb, dix ont put vivre
Car, après quinze jours en enfer, ils furent sauvés !
Alors, tu fis l’objet d’un procès militaire
Au dire des témoignages des rescapés.
Mais, comme on se serre les coudes entre frères,
Tu fus dégradé, certes, mais aussi acquitté.
Suivirent trente ans de honte et ta bastille
Fut ton domaine ou tu as vécu cloîtré.
L’opprobre que tu infligea à ta famille
Firent qu’il oublièrent ou tu es enterré.
Mais, moi, vengeur, il me semble légitime
De te sortir de l’oublie ou tu étais serein.
Car, sur tes nobles os rongés par la vermine,
Je veux, à jamais, le déshonneur du vaurien.
2011
Voyage