Brigitte Pellerin www.pellerin.eu
La morve au nez
A l'époque bénie des trous aux paletots,
Ou les jours de pluie ne sont que chocolat chaud,
Je me souviens ; l’imaginaire vagabonde,
D’un petit rien, me faisait roi du monde.
Dans la cime des arbres, le mistral dans les tifs,
J’admirais les barbes des dieux fugitifs,
Glissant sur un ruban bleu du temps qui passe,
Qui fait devenir monsieur ou, pire, bidasse.
C’est vrai que les momes jouent à la bataille,
Qu’ils ont le syndrome d’imiter la bleusaille,
Comme sauveur d’orphelin et, à coup de bâton,
Peuvent blesser un copain mais, eux, disent pardon.
C’est l’époque bénie du Mercurochrome,
Ou le rouge est mis sur l’ego du bout d’homme,
Qui demande un câlin, pour toute prescription
A calmer son chagrin et reprendre le guidon.
Sur les sentes à garrigues, le vent en poupe,
J’allais chiper des figues, avec toute la troupe,
Et, par cette rapine, se sentir des insurgés
En craignant la chevrotine du vieux Amédée.
Il est vrai qu’un gamin, c’est capable de voler
Pour avoir, au matin, juste les lèvres sucrées.
Homme, il se distingue, à coup de taloche
Pour porter les fringues de ceux d’la téloche.
En l’époque bénie de la morve au nez
Qui, de narine fuit, sans jamais trop gêner,
De tout on exulte, aucun rêve illusoire,
C’est être adulte que d’y poser son mouchoir.
A la pêche aux têtards, un peu maniaque,
J’écrasai au hasard tel un dieu de la flaque.
Maintenant comme toi, agneau dans la meute,
Je subis notre roi. Je peux être pleutre.
En bon citoyen, je vais toujours voter
Laissant aux forts le soin de nous humilier.
A la douce époque de la vie éternelle,
Ou l’enfant se moque de la faucheuse fidèle,
J’étais fou de vouloir trop vite grandir
Et, pour des clous, savoir haïr et trahir.
Chaque jour, Metro précède boulot et dodo,
Le salaire obsède et consommer, un Eldorado,
Pendant que le temps s’échappe au triste refrain
Des rêves, qu’en grappe, on avait galopin.
J’étais tout petit, c’est vrai, mais si heureux,
D’avoir toute une vie devant pour faire mieux.
J’étais minuscule, et par la force des choses,
Au son du pendule, je vais ou meurent les roses….
2011
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