Les comptoirades
Acte 1, Scène 1
Socrate, Platon, Le patron du bar
La scène se déroule dans un café. Il n’y a pas de repère temporel. On entend une ville en pleine
effervescence à l’extérieur du Bistrot. Le taulier, derrière son comptoir, nettoie des verres. Un autre personnage, accoudé au zinc et assis sur un tabouret, noie son regard dans le fond de son
verre. C’est à ce moment qu’un troisième personnage entre dans le lieu calme…
Socrate
Salut patron!
Le patron du bar
Salut Socrate, je te sers un verre d'eau?
Socrate
Comme d’hab.’, patron, comme d’hab.’…il se tourne vers le personnage assis sur le comptoir…Tu tournes à quoi,
compagnon ?
Platon
Picon biére
Socrate
ça doit faire mal à la tête, ça, non?
Platon
Et pas qu'un peu, mon neveu!
Socrate
T’es nouveau dans ce balto ? C’est la première fois que je t’y vois..
Platon
T’as vu juste, Auguste…C’est la première fois que j’en suis. Et, même, que tu me connais pas…. Alors que
moi je te connais…
Socrate
En voila une affaire!
Platon
Enfin, je te connais de réputation…Parce qu’elle te précède ta réputation et sacrement
même…
Socrate
Si tu le dis.
Platon
Tu es Socrate. Le Socrate qui pose des questions et attend des réponses. Le Socrate qui corromps la
jeunesse. On dit que tu crois pas aux dieux, que tu aurais introduit de nouvelles divinités, et donc, t’es pas dans les papiers de nos responsables. Faudrait faire attention à tes fesses, soit
dit en passant.
Socrate
Je ne fais que mon métier.
Platon
Ah! …Et c’est quoi ton métier ?
Socrate
Philosophe.
Platon
Du style à parler pour ne rien dire, à avoir des opinions sur tout. Le genre de philosophe qui cause,
qui cause avec un si beau vocabulaire que ça met baba les types qui t’écoutent te la raconter. Mouais.. Tu me diras, il vaut mieux être un raté intelligent qu’un con efficace..
Socrate
Pour moi, la philosophie c’est tout le contraire.
Platon
Moi je crois pas. Mais si tu le dis…
Socrate
Et toi, à part regarder le fond d’un verre, c’est quoi ton métier ?
Platon
Comme tu me vois là, j’y réfléchie sérieusement.
Socrate
Bon pas de métier. Mais t’as bien une passion ou un truc du genre ?
Platon
Ok. Alors je suis un jouisseur ! Ça te va comme réponse ?
Socrate
Pas vraiment.
Platon
Eh ben, disons que je prend du plaisir à tout. Manger , Boire, Baiser. C’est le seul but de la vie,
non ?
Socrate
Si ton but dans la vie c’est jouir, alors toutes les émotions se valent. Manger et avoir faim, par
exemple, ou baiser et avoir la gale. Tiens se gratter, c’est un grand plaisir dans la vie. Imagine que ça te gratte dans le dos alors tu grattes et grattes encore, c’est y pas bon de se gratter
quand ça gratte.
Platon
Ou tu veux en venir, philosophe ?
Socrate
Si le sens de ta vie, c’est le plaisir à tout prix, tu te condamnes au tourment, au soucie, à la peine,
au chagrin….
Platon
Oh là ! Oh là ! Tu pousserais pas un peu mémé dans les orties, non ?
Socrate
Je prend un exemple : Imagine un mec. Il a des tonneaux remplis de vins, de miel, de lait. Une fois
les tonneaux au taquet de toutes ses bonnes choses, il est pépère le gars. Pas d’angoisse. Rien.
Platon
J’imagine qu’y a une suite à l’histoire…continue…
Socrate
Imagine un autre mec. Il a tout pareil que le premier. Miel, Vin, et tout, et tout…Mais la couille,
c’est que les tonneaux sont percés ! Et bien le gars, il est obligé d’user d’huile de coude, jour et nuit, pour remplir tout le temps !
Platon
Il est un peu couillon ton deuxième lascar mais j’ai pigé que c’était du symbole.
Par contre je pige pas le sens de ton histoire.
Socrate
Une vie de plaisir est comparable au tonneau qu’il faut
constamment remplir.
Platon
Stop, philosophe. Ça fonctionne pas ton truc là! Quand les tonneaux sont remplis et qu’il y a plus rien
à faire, la vie est chiante à mourir ! Ce qui est cool, c’est de verser dans le tonneau tant qu’on peut !
Socrate
Si tu verses beaucoup, beaucoup s’en va.
Platon
Et alors ?
Socrate
Et alors ? Ce genre de type est comparable à un Pluvier.
Platon
Un quoi ?
Socrate
Un pluvier, c’est un oiseau qui mange et qui chie en même temps.
Platon
Oh, Socrate, tu fais mal à la tête avec tes histoires de tonneaux.
Socrate
Pire que ton Picon bière?
Platon
Pire que mon Picon bière. Et toi, patron, t’en pense quoi de notre affaire ?
Le patron du bar
J’en pense, Socrate, qui si t’essaye de faire tes expériences de tonneaux percés sur mes fûts, je
t’arrache ta tête de philosophe. Oh ! Rigole pas Platon, pareil pour toi ! Et tu verras que t’auras plus besoin d’Efferalgan. Les cons, ça ose tout et c’est à ça qu’on les reconnaît. Et
franchement, vous avez le premier prix!